Avocat, chef partisan, député, ministre, Jean Terfve, un « prince » communiste ?

Jean TERFVE
Liège 28 janvier 1909 - Forest 17 avril 1978

 

Dernier des dix enfants nés dans la famille très catholique d’un instituteur de Nessonvaux, le père de Jean Terfve (Auguste, 1874 – 1929) est employé dans une compagnie d’assurance et devient ensuite courtier indépendant à Liège. Sa mère (Emilie Angéline Hansen) est d’origine paysanne. La famille incarne le milieu de la petite bourgeoisie, respectueuse des hiérarchies, tournée vers la réussite sociale par les études et foncièrement apolitique. Une sœur ainée incarnera d’ailleurs ces valeurs et les relations avec elle resteront toujours distantes. Fréquentant l’église et croyant jusqu’à seize ans, Jean Terfve suit cependant un parcours scolaire dans l’enseignement officiel. C’est à l’Athénée Royal de Liège (1917-1924) que s’accomplit sa double mutation. Excellent élève, féru d’art et de littérature, curieux de philosophie, il perd la foi et impose à ses parents sa rupture avec les pratiques religieuses. Il exprime de même le refus du conformisme, du respect des traditions qu’ils incarnent à ses yeux. La crise d’adolescence a une composante culturelle et sociale : Zola, Anatole France, Romain Rolland nourrissent en lui le rejet de la « société bourgeoise » et l’intérêt envers les positions du parti socialiste. Sans rompre avec eux, il se construit en opposition absolue au monde de ses parents. Dans une autobiographie rédigée en 1954, il insiste également sur la « répugnance » développée envers les combinaisons d’argent et les « solutions de compromis ». (...)

Mais sa socialisation s’effectue alors sur le terrain culturel. Il apparaît en effet comme Secrétaire général de la Fédération des Élèves des Athénées de Belgique, dont la section liégeoise forte de 325 membres en 1923 est la plus active. La Fédération publie Belgique- Athénée, Revue littéraire mensuelle de jeunes et organise fêtes, visites culturelles et représentations théâtrales. (...)

 

C’est à l’Université de Liège où il entame des études de droit en octobre 1924 que son intérêt pour les problèmes internationaux s’éveille. Il aurait effectué son service militaire comme soldat, en 1926. S’il s’affilie aux Étudiants socialistes en 1927, c’est au Groupement Universitaire pour la SDN qu’il déploie une intense activité. Comme organisateur, orateur et responsable politique, il en devient l’un des principaux dirigeants. C’est sous sa présidence qu’éclatent de violents incidents à l’occasion de l’invitation faite aux pacifistes allemands von Gerlach et Bergstristcher.
Parallèlement, la curiosité intellectuelle s’aiguise et il fonde avec des étudiants libéraux progressistes et des socialistes un cercle d’étude d’économie politique au sein duquel s’effectue une première initiation au marxisme.
Diplômé en juillet 1929, il prête serment le 16 septembre et entame son stage chez l’avocat et homme politique libéral Auguste Buisseret. Il louera l’excellence de la formation professionnelle que ce dernier lui dispensera, son ouverture d’esprit et la confiance témoignée, dans le respect absolu de l’évolution politique rapide de son jeune collaborateur. (...)

Inscrit au Tableau de l’Ordre le 11 octobre 1932, l’avocat Terfve a persévéré dans l’acquisition d’une culture marxiste à laquelle il adhère désormais sans compter. Il estime alors devoir abandonner la position du spectateur pour s’engager. Mais cet engagement va s’opérer sur un mode qui le caractérisera toute sa vie : en maintenant, en cultivant même les liens qui le relient aux intellectuels « progressistes », libéraux, libre penseurs, socialistes, sans parti. Au plus fort des périodes les plus agressives de son parcours communiste ultérieur, il demeurera l’interlocuteur de tous, bénéficiant des réseaux qu’il n’a cessé de tisser.

 

 
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