Centre d'archives privées reconnu et subventionné par le Gouvernement de la Communauté française de Belgique Wallonie-Bruxelles
IX. Fin de parcours.

IX. FIN DE PARCOURS.

 

Ces efforts devaient tourner court face à la vague de l'ultralibéralisme qui s'amplifia à la jonction des années 1979-1981, sous l'impulsion du duo Reagan-Thatcher. Mais les communistes ne devaient pas baisser les bras pour autant. Ils avaient relancé le Drapeau Rouge quotidien en 1974 et ils réussirent à le maintenir en vie jusqu'en janvier 1991. En 1977, ils sont présents pour soutenir la longue grève des sidérurgistes d'Athus contre les restructurations, comme ils le seront, en 1982, pour soutenir la manifestation des 150.000 métallurgistes qui envahit les rues de Bruxelles, comme ils le seront en 1983, pour soutenir la résistance que les travailleurs de Valfil opposent à la délocalisation de leur entreprise. La solidarité internationale n'est pas non plus absente de leurs préoccupations, comme le montre, en 1984-85, l'aide matérielle qu'ils apportent aux mineurs britanniques qui se sont engagés dans une grève au finish contre les restructurations.

 

Dans un tout autre domaine, le P.C.B. parachève la fédéralisation de ses instances entamée en 1973, avec Claude Renard à la présidence de l'aile wallonne et francophone et Jef Turf à celle de l'aile flamande, tous deux étant par ailleurs vice-présidents du P.C.B. En 1982, dans le cadre d'une révision des statuts, on procède à l'élection d'un Bureau politique paritaire. En 1983-84, les deux ailes du parti organisent leurs premiers congrès distincts et, en 1988, un congrès extraordinaire décide la création de deux partis distincts. Côté wallon et francophone, en 1986, Claude Renard passe la main à Robert Dussart (que relayera bientôt Pierre Beauvois). Côté flamand, Ludo Loose succédera à Jef Turf.

 

Pendant ce temps, de 1977 à 1983, le nombre de membres du P.C.B. tombe de 9.263 à 5.957. Aux élections de 1981, il n'aura plus que deux députés et plus un seul en 1985.

 

Il convient de situer ce recul accéléré dans le cadre des problèmes qui se posent depuis 1974, début de la crise économique mondiale, à l'ensemble du mouvement ouvrier. Le 29 mars 1979, le Front commun syndical organise à Namur une manifestation géante, alors que le pays vit une crise politique grave depuis octobre 1978. On attend beaucoup de cette impressionnante démonstration de force qui entend barrer la route à une politique d'austérité. Or, les mois et les années qui suivent verront se multiplier les atteintes au niveau de vie des travailleurs, et le premier acte en ce sens fut la désindexation partielle des salaires.

Les libéraux mènent campagne pour « un gouvernement qui gouverne » et chacun comprend ce que cela signifie. D'une façon générale, le mouvement ouvrier est de plus en plus acculé à la défensive alors que, simultanément, comme l'a fait remarquer Enrico Berlinguer, le socialisme « réalisé » a fini par perdre ses capacités attractives. On observera par ailleurs que les espoirs fondés sur les succès initiaux de l'union de la gauche en France, Mitterrand ayant été élu président de la République, ne tarderont plus à grossir le flot des déceptions. Et, parmi les faits encourageants qui avaient marqué le début des années 70, bien d'autres étaient restés ou resteront sans lendemains.

 

Les difficultés accrues que connaît alors la direction du P.C.B. sont à la mesure de ces problèmes. Elle ne peut l'ignorer : dans l'hypothèse d'un échec définitif de l'expérience historique entamée en 1917, toutes les forces progressistes perdront un point d'appui essentiel et le monde basculera nécessairement dans le sens voulu par l'ultralibéralisme en pleine offensive. Les sujets d'inquiétude sont donc énormes, mais la nature même de l'action militante, quelle qu'elle soit, implique qu'un optimisme volontariste l'emporte sur les sujets d'inquiétude. De là des contradictions difficiles à gérer, souvent à la limite de l'ingérable. À cet égard, le soulagement relatif apporté par l'entrée en lice de Gorbatchev sera, on le sait, de courte durée.

 

Joue aussi un certain pourrissement du climat politique qui ne découle pas seulement des tueries du Brabant, sans parler des violences du terrorisme international. Déjà en 1967, le retentissement positif de la bataille de l'Anglo-Germain avait brusquement cédé la place à l'émotion suscitée par l'incendie du magasin « L'Innovation », à Bruxelles, et des rumeurs avaient circulé selon lesquelles cet incendie aurait pu résulter d'un sabotage antiaméricain. Mais quand les « Cellules communistes combattantes » commencèrent à organiser leurs attentats, nombreux furent les témoignages qui se firent l'écho de la confusion que cet emploi abusif du mot « communistes » avait suscitée dans certains milieux populaires.

 

On en revient ainsi, sous un autre angle, aux raisons d'ordre sociologique du déclin du P.C.B. (et, à degrés divers, d'autres P.C. européens), mais ces raisons ne purent avoir un tel effet que parce qu'elles furent aggravées par un appauvrissement général de la pensée marxiste. À titre d'exemple, cet appauvrissement s'est traduit par le fait que les communistes n'ont pas compris à temps l'importance des problèmes nouveaux dont les écologistes se sont saisis durant la même période. Côté francophone, la question fut soulevée dans les débats du parti après les élections européennes de 1979 qui avaient fait apparaître une percée des écolos en Belgique. Mais il apparut très vite que les idées écologistes étaient alors perçues comme « petites bourgeoises » par des militants que leur indéniable valeur ne mettait pas à l'abri des travers de l'ouvriérisme.

 

Réduit à 3.000 membres, le Parti communiste de Belgique cesse d'exister en 1989, selon la décision prise l'année précédente, pour faire place au Parti communiste Wallonie-Bruxelles et au Kommunistische Partij-Vlaanderen. Bien qu'ils aient été chapeautés jusqu'en 1995 par une Union des communistes de Belgique toujours présidée par Louis Van Geyt, ces deux partis ne relèvent plus de l'aperçu historique ici esquissé.